Bible du Chemin Testament Kardecien ©

Œuvres posthumes — Première Partie

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Chapitre 11


THÉORIE DE LA BEAUTÉ

La beauté est-elle une chose de convention, et relative à chaque type ? Ce qui constitue la beauté chez certains peuples n’est-il pas, pour d’autres, une affreuse laideur ? Les nègres se trouvent plus beaux que les blancs, et vice versa. Dans ce conflit des goûts, y a-t-il une beauté absolue, et en quoi consiste-t-elle ? Sommes-nous réellement plus beaux que les Hottentots et les Cafres, et pourquoi ?

Cette question qui, au premier abord, semble étrangère à l’objet de nos études, s’y rattache pourtant d’une manière directe, et touche à l’avenir même de l’humanité. Elle nous a été suggérée, ainsi que sa solution, par le passage suivant d’un livre très intéressant et très instructif, intitulé : Les Révolutions inévitables dans le globe et dans l’humanité, par Charles Richard. n

L’auteur s’attache à combattre l’opinion de la dégénérescence physique de l’homme depuis les temps primitifs ; il réfute victorieusement la croyance à l’existence d’une race primitive de géants, et s’attache à prouver qu’au point de vue de la force physique, et de la taille, les hommes d’aujourd’hui valent les anciens, si même ils ne les surpassent pas.


Passant à la beauté des formes, il s’exprime ainsi, pages 41 et suivantes :

« En ce qui touche à la beauté du visage, à la grâce de la physionomie, à cet ensemble qui constitue l’esthétique du corps, l’amélioration est encore plus facilement constatée.

« Il suffit pour cela de jeter un regard sur les types que les médailles et les statues antiques nous ont transmis intacts à travers les siècles.

« L’iconographie de Visconti et le musée du comte de Clarol sont, entre plusieurs autres, deux sources où il est facile de puiser les éléments variés de cette étude intéressante.

« Ce qui frappe tout d’abord dans cet ensemble de figures, c’est la rudesse des traits, l’animalité de l’expression, la cruauté du regard. On sent avec un frisson involontaire qu’on a affaire là à des gens qui vous couperaient sans pitié en morceaux, pour vous donner à manger à leurs murènes, ainsi que le faisait Pollion, riche gourmet de Rome et familier d’Auguste.

« Le premier Brutus (Lucien-Junius), celui qui fit trancher la tête à ses deux fils et assista de sang-froid à leur supplice, ressemble à une bête de proie. Son profil sinistre emprunte à l’aigle et au hibou ce que ces deux carnassiers de l’air ont de plus farouche. On ne peut douter, en le voyant, qu’il n’ait mérité le honteux honneur que l’histoire lui confère ; s’il a tué ses deux fils, il eût certainement égorgé sa mère pour le même motif.

« Le second Brutus (Marius), qui poignarda César, son père adoptif, précisément à l’heure où celui-ci comptait le plus sur sa reconnaissance et son amour, rappelle dans ses traits un niais fanatique ; il n’a pas même cette beauté sinistre que l’artiste découvre souvent dans cette énergie outrée qui pousse au crime.

« Cicéron, le brillant orateur, l’écrivain spirituel et profond, qui a laissé un si grand souvenir de son passage dans ce monde, a une figure écrasée et commune qui devait le rendre beaucoup moins agréable à voir qu’à écouter.

« Jules César, le grand, l’incomparable vainqueur, le héros des massacres, qui a fait son entrée dans le royaume des ombres avec un cortège de deux millions d’âmes qu’il y avait expédiées de son vivant, est tout aussi laid que son prédécesseur, mais dans un autre genre… Sa figure maigre et osseuse, montée sur un long cou orné mal à propos d’une pommette saillante, le fait plutôt ressembler à un grand Gilles n forain qu’à un grand guerrier.

« Galba, Vespasien, Nerva, Caracalla, Alexandre Sévère, Balbin, ne sont pas seulement laids, mais hideux. C’est à peine si dans ce musée des anciens types de notre espèce, l’œil peut rencontrer çà et là quelques figures à saluer d’un regard sympathique. Celle de Scipion l’Africain, de Pompée, de Commode, d’Héliogabale, d’Antinoüs, le mignon d’Adrien, sont de ce petit nombre. Sans être belles, dans le sens moderne du mot, ces figures sont néanmoins régulières, d’un aspect agréable.

« Les femmes ne sont guère mieux traitées que les hommes et donnent lieu aux mêmes remarques. Livie, fille d’Auguste, a le profil pointu d’une fouine ; Agrippine fait peur à voir, et Messaline, comme pour dérouter Cabanis et Lavater, ressemble à une grosse servante, plus amoureuse de bonne soupe que d’autre chose.

« Les Grecs, il faut le dire, sont généralement moins mal que les Romains. Les figures de Thémistocle et de Miltiade, entre autres, peuvent être comparées aux plus beaux types modernes. Mais Alcibiade, cet aïeul si lointain de nos Richelieu et de nos Lauzun, dont les exploits galants remplissent à eux seuls la chronique d’Athènes, a, comme Messaline, fort peu le physique de son emploi. A voir ses traits solennels et son front réfléchi, on le prendrait plutôt pour un jurisconsulte accroché à un texte de loi, que pour cet audacieux plaisant, qui se faisait exiler à Sparte, uniquement pour coiffer ce pauvre roi Agis et se vanter après d’avoir été l’amant d’une reine.

« Quoi qu’il en soit du petit avantage qui peut être accordé, sur ce point, aux Grecs sur les Romains, quiconque se donne la peine de comparer ces vieux types avec ceux de notre temps reconnaîtra sans peine que le progrès s’est fait dans cette voie comme dans toutes les autres. Seulement, il sera bon de ne pas oublier, dans cette comparaison, qu’il s’agit ici de classes privilégiées, toujours plus belles que les autres, et que, par suite, les types modernes à opposer aux anciens devront être choisis dans les salons, et non dans les bouges. Car la pauvreté, hélas ! dans tous les temps et sous tous les aspects, n’est jamais belle, et elle est précisément ainsi pour nous faire honte et nous forcer à nous en affranchir un jour.

« Je ne veux donc pas dire, tant s’en faut, que la laideur est entièrement disparue de nos fronts, et que l’empreinte divine se retrouve enfin sous tous les masques qui voilent une âme ; loin de moi une affirmation qui pourrait si facilement être contestée par tout le monde. Ma prétention se borne seulement à constater que dans une période de deux mille ans, si peu de chose pour une humanité qui a tant à vivre, la physionomie de l’espèce s’est améliorée d’une manière déjà sensible.

« Je crois, en outre, que les plus belles figures antiques sont inférieures à celles que nous pouvons journellement admirer dans nos réunions publiques, dans nos fêtes et jusque dans le courant des rues. Si je ne craignais de blesser certaines modesties, et aussi d’exciter certaines jalousies, cent exemples connus de tous, dans le monde contemporain, confirmeraient l’évidence du fait.

« Les adorateurs du passé ont constamment la bouche pleine de leur fameuse Vénus de Médicis, qui leur paraît l’idéal de la beauté féminine, et ils ne prennent pas garde que cette même Vénus se promène tous les dimanches sur les boulevards d’Arles, tirée à plus de cinquante exemplaires, et qu’il est peu de nos villes, particulièrement parmi celles du Midi, qui n’en possèdent quelques-unes…

« … Dans tout ce que nous venons de dire, nous n’avons comparé notre type actuel qu’à celui des peuples qui nous ont précédés de quelques milliers d’années seulement. Mais si, remontant plus loin dans les âges, nous perçons les couches terrestres où dorment les débris des premières races qui ont habité notre globe, l’avantage en notre faveur deviendra à ce point sensible, que toute dénégation à ce sujet s’évanouira d’elle- même.

« Sous cette influence théologique qui avait arrêté Copernic, Tycho- Brahé, qui persécuta Galilée, et qui, dans ces derniers temps, obscurcit un instant le génie de Cuvier lui-même, la science hésitait à sonder les mystères des époques antédiluviennes. Le récit biblique, admis au pied de la lettre dans son sens le plus étroit, paraissait avoir dit le dernier mot de notre origine et des siècles qui nous en séparent. Mais la vérité, impitoyable dans ses accroissements, a fini par rompre la casaque de fer dans laquelle on voulait l’emprisonner pour toujours, et par montrer à nu des formes jusqu’alors cachées.

« L’homme qui vivait avant le déluge, en compagnie des mastodontes, de l’ours des cavernes et autres grands mammifères aujourd’hui disparus, l’homme fossile en un mot, si longtemps nié, est enfin retrouvé et son existence mise hors de doute. Les travaux récents des géologues, particulièrement ceux de Boucher de Perthes, n de Filippi et de Lyell, nous permettent maintenant d’apprécier les caractères physiques de ce vénérable aïeul du genre humain. Or malgré les contes imaginés par les poètes sur sa beauté originelle, malgré le respect qui lui est dû comme à l’antique chef de notre race, la science est obligée de constater qu’il était d’une laideur prodigieuse.

« Son angle facial ne dépassait guère 70° ; ses mâchoires, d’un volume considérable, étaient armées de dents longues et saillantes ; le front était fuyant, les temporaux aplatis, le nez écrasé, les narines larges ; en un mot, ce père vénérable devait ressembler beaucoup mieux à un orang-outang qu’à ses fils lointains d’aujourd’hui. C’est au point que si l’on n’avait trouvé près de lui les haches de silex qu’il avait fabriquées, et, dans quelques cas, les animaux qui portaient encore les traces des blessures produites par ces armes informes, on aurait pu douter du rôle important qu’il jouait dans notre filiation terrestre. Non seulement il savait fabriquer des haches en silex, mais encore des massues et des pointes de javelots de même matière. La galanterie antédiluvienne allait même jusqu’à confectionner des bracelets et des colliers avec de petites pierres arrondies qui ornaient dans ces temps reculés le bras et le cou du sexe enchanteur devenu beaucoup plus exigeant depuis, ainsi que chacun peut s’en convaincre.

« Je ne sais ce qu’en penseront les élégantes de nos jours, dont les épaules étincellent de diamants ; quant à moi, je l’avoue, je ne puis me défendre d’une émotion profonde, en songeant à ce premier effort tenté par l’homme, à peine dégagé de la brute, pour plaire à sa compagne, pauvre et nue comme lui, au sein d’une nature inhospitalière, sur laquelle sa race doit régner un jour. O nos lointains aïeux ! si vous aimiez déjà, sous vos faces rudimentaires, comment pourrions-nous douter de votre paternité à ce signe divin de notre espèce ?

« Il est donc manifeste que ces informes humains sont nos pères, puisqu’ils nous ont laissé des traces de leur intelligence et de leur amour, attributs essentiels qui nous séparent de la bête. Nous pouvons donc, en les examinant attentivement débarrassés des alluvions qui les couvrent, mesurer comme avec un compas le progrès physique accompli par notre espèce depuis son apparition sur la terre. Or, ce progrès qui, tout à l’heure, pouvait être contesté par l’esprit de système et les préjugés d’éducation, acquiert ici une telle évidence qu’il n’y a plus qu’à le reconnaître et à le proclamer.

« Quelques milliers d’années pouvaient laisser des doutes, quelques centaines de siècles les dissipent irrévocablement…

« … Combien nous sommes jeunes et récents en toutes choses ? Nous ignorons encore notre place et notre voie dans l’immensité de l’univers, et nous osons nier des progrès qui, faute de temps, n’ont pu encore être suffisamment constatés. Enfants que nous sommes, ayons donc un peu de patience, et les siècles, en nous approchant du but, nous révéleront des splendeurs qui échappent dans l’éloignement à nos yeux à peine entrouverts.

« Mais, dès aujourd’hui, proclamons hautement, puisque la science nous le permet déjà, le fait capital et consolateur du progrès, lent mais sûr, de notre type physique vers cet idéal entrevu par les grands artistes à travers les inspirations que le ciel leur envoie pour nous révéler ses secrets. L’idéal n’est pas un produit trompeur de l’imagination, un songe fugitif destiné à donner de temps à autre le change à nos misères, c’est un but assigné par Dieu à nos perfectionnements, but infini, parce que l’infini seul, dans tous les cas, peut satisfaire notre esprit et lui offrir une carrière digne de lui. »


De ces observations judicieuses, il résulte que la forme des corps s’est modifiée dans un sens déterminé, et suivant une loi, à mesure que l’être moral s’est développé ; que la forme extérieure est en rapport constant avec l’instinct et les appétits de l’être moral ; que plus ses instincts se rapprochent de l’animalité, plus la forme s’en rapproche également ; enfin, qu’à mesure que les instincts matériels s’épurent et font place aux sentiments moraux, l’enveloppe extérieure, qui n’est plus destinée à la satisfaction des besoins grossiers, revêt des formes de moins en moins lourdes, plus délicates, en harmonie avec l’élévation et la délicatesse des pensées. La perfection de la forme est ainsi la conséquence de la perfection de l’esprit : d’où l’on peut conclure que l’idéal de la forme doit être celle que revêtent les Esprits à l’état de pureté, celle que rêvent les poètes et les véritables artistes, parce qu’ils pénètrent, par la pensée, dans les mondes supérieurs.

On a dit depuis longtemps que la figure est le miroir de l’âme. Cette vérité, devenue axiomatique, explique ce fait vulgaire, que certaines laideurs disparaissent sous le reflet des qualités morales de l’Esprit, et que bien souvent on préfère une personne laide, douée d’éminentes qualités, à celle qui n’a que la beauté plastique. C’est que cette laideur ne consiste que dans des irrégularités de forme, mais n’exclut pas la finesse des traits nécessaire à l’expression des sentiments délicats.

De ce qui précède, on peut conclure que la beauté réelle consiste dans la forme qui s’éloigne le plus de l’animalité, et réfléchit le mieux la supériorité intellectuelle et morale de l’esprit, qui est l’être principal. Le moral influant sur le physique, qu’il approprie à ses besoins physiques et moraux, il s’ensuit : 1° que le type de la beauté consiste dans la forme la plus propre à l’expression des plus hautes qualités morales et intellectuelles ; 2° qu’à mesure que l’homme s’élèvera moralement, son enveloppe se rapprochera de l’idéal de la beauté, qui est la beauté angélique.

Le nègre peut être beau pour le nègre, comme un chat est beau pour un chat ; mais il n’est pas beau dans le sens absolu, parce que ses traits gros, ses lèvres épaisses accusent la matérialité des instincts ; ils peuvent bien exprimer les passions violentes, mais ne sauraient se prêter aux nuances délicates du sentiment et aux modulations d’un esprit délié.

Voilà pourquoi nous pouvons, sans fatuité, je crois, nous dire plus beaux que les nègres et les Hottentots ; mais peut-être bien aussi serons-nous pour les générations futures, améliorées, ce que les Hottentots sont par rapport à nous ; et qui sait si, lorsqu’elles retrouveront nos fossiles, elles ne les prendront pas pour ceux de quelque variété d’animaux.

Cet article, ayant été lu à la Société de Paris, fut l’objet d’un assez grand nombre de communications présentant toutes les mêmes conclusions. Nous ne rapportons que les deux suivantes, comme étant les plus développées :


I


Paris, 4 février 1869. — (Méd., Mme Malet.)

Vous l’avez bien pensé, la source première de toute bonté et de toute intelligence est aussi la source de toute beauté. L’amour engendre la perfection de toute chose, et il est lui-même la perfection. — L’esprit est appelé à acquérir cette perfection, cette essence est sa destinée. Il doit par son travail s’approcher de cette intelligence souveraine et de cette bonté infinie ; il doit donc aussi revêtir de plus en plus la forme parfaite qui caractérise les êtres parfaits.

Si, dans vos sociétés malheureuses, sur vos globes encore mal équilibrés, l’espèce humaine est si loin de cette beauté physique, cela vient de ce que la beauté morale est à peine développée encore. La connexité entre ces deux beautés est un fait certain, logique, et dont l’âme a, dès ici-bas, l’intuition. En effet, vous savez tous combien est pénible l’aspect d’une charmante physionomie démentie par le caractère. Si vous entendez parler d’une personne de mérite avéré, vous la revêtez tout de suite des traits les plus sympathiques, et vous êtes douloureusement impressionnés à la vue d’une figure qui contredit vos prévisions.

Que conclure de là ? sinon que comme toute chose que l’avenir tient en réserve, l’âme a la prescience de la beauté à mesure que l’humanité progresse et s’approche de son type divin. Ne tirez point d’arguments contraires à cette affirmation de la décadence apparente où se trouve la race la plus avancée de ce globe. Oui, il est vrai, l’espèce semble dégénérer, s’abâtardir ; les infirmités s’abattent sur vous avant la vieillesse ; l’enfance même souffre de maladies qui n’appartiennent d’habitude qu’à un autre âge de la vie ; mais c’est une transition. Votre époque est mauvaise ; elle finit et elle enfante ; elle finit une période douloureuse et enfante une époque de régénération physique, d’avancement moral, de progrès intellectuel. La race nouvelle, dont j’ai parlé déjà, aura plus de facultés, plus de cordes aux services de l’esprit ; elle sera plus grande, plus forte, plus belle. Dès le commencement, elle se mettra en harmonie avec les richesses de la création que votre race insouciante et fatiguée dédaigne ou ignore ; vous aurez fait de grandes choses pour elle, elle en profitera et marchera dans la voie des découvertes et des perfectionnements avec une ardeur fiévreuse dont vous ne connaissez pas la puissance.

Plus avancés aussi en bonté, vos descendants feront ce que vous n’aurez pas su faire de cette terre malheureuse, un monde heureux où le pauvre ne sera ni repoussé, ni méprisé, mais secouru par des institutions larges et libérales. Déjà l’aurore de ces pensées arrive ; la lueur nous en parvient par moments. Amis, voici le jour enfin où la lumière luira sur la terre obscure et misérable, où la race sera bonne et belle suivant le degré d’avancement qu’elle aura conquis, où le signe mis au front de l’homme ne sera plus celui de la réprobation, mais un signe de joie et d’espérance. Alors la foule des Esprits avancés viendra prendre rang parmi les colons de cette terre ; ils seront en majorité et tout cédera devant eux. Le renouvellement se fera et la face du globe sera changée, car cette race sera grande et puissante, et le moment où elle viendra marquera le commencement des temps heureux.

Pamphile.


II


(Paris, 4 février 1869.)

La beauté, au point de vue purement humain, est une question bien discutable et bien discutée. Pour en bien juger, il faut l’étudier en amateur désintéressé, celui qui est sous le charme ne saurait avoir voix au chapitre. Le goût de chacun entre aussi en ligne de compte dans les appréciations qui sont faites.

Il n’est de beau, de réellement beau que ce qui l’est toujours, et pour tous : et cette beauté éternelle, infinie, c’est la manifestation divine sous ses aspects incessamment variés, c’est Dieu dans ses couvres, dans ses lois ! Voilà la seule beauté absolue. — Elle est l’harmonie des harmonies, et elle a droit au titre d’absolue, parce qu’on ne peut concevoir rien de plus beau.

Quant à ce qu’on est convenu d’appeler beau, et qui est véritablement digne de ce titre, il ne faut pas le considérer comme une chose essentiellement relative, car on peut toujours concevoir quelque chose de plus beau, de plus parfait. Il n’y a qu’une seule beauté, qu’une seule perfection, c’est Dieu. En dehors de lui, tout ce que nous décorons de ces attributs, en sont que de pâles reflets du beau unique, un aspect harmonieux des mille et une harmonies de la création.

Il y a autant d’harmonies que d’objets créés, autant par conséquent de beautés types déterminant le point culminant de perfection que peut atteindre une des subdivisions de l’élément animé. — La pierre est belle et diversement belle. Chaque espèce minérale a ses harmonies, et l’élément qui réunit toutes les harmonies de l’espèce possède la plus grande somme de beauté à laquelle l’espèce puisse atteindre.

La fleur a ses harmonies : elle aussi, elle peut les posséder toutes ou isolément, et être différemment belle, mais elle ne sera belle que lorsque les harmonies qui concourent à sa création seront harmoniquement fusionnées. Deux types de beauté peuvent produire par leur fusion un être hybride, informe, repoussant d’aspect. Il y a alors cacophonie ! Toutes les vibrations étaient harmoniques isolément, mais la différence de leur tonalité a produit un désaccord à la rencontre des ondes vibrantes ; de là le monstre !

En descendant l’échelle créée, chaque type animal donne lieu aux mêmes observations et la férocité, la ruse, l’envie même pourront donner naissance à des beautés spéciales, si le principe qui détermine la forme est sans mélange. L’harmonie, même dans le mal, produit le beau. Il y a le beau satanique et le beau angélique ; la beauté énergique et la beauté résignée. — Chaque sentiment, chaque faisceau de sentiments, pourvu que le faisceau soit harmonique, produit un type de beauté particulier, dont tous les aspects humains sont, non des dégénérescences, mais des ébauches. Aussi est-il vrai de dire, non qu’on est plus beau, mais qu’on s’approche davantage de la beauté réelle à mesure qu’on s’élève vers la perfection.

Tous les types s’unissent harmoniquement dans le parfait. Voilà pourquoi il est le beau absolu. — Nous qui progressons, nous ne possédons qu’une beauté relative affaiblie et combattue par les éléments inharmoniques de notre nature.

Lavater.



[1] 1 vol. in-12, Paris Pagnerre, prix 2 fr. 50, franco 2 fr. 75, librairie spirite, 7, rue de Lille. — Les révolutions inévitables dans le globe et l'humanité - Google Books


[2] [Voir : Remarque de la Fédération Spirite Brésilienne]


[3] [Voir remarque du traducteur]


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